[ 29 novembre 2007.]

[ 29 novembre 2007.]
« Le poème invente son poème.
Le lecteur continue le poème.
Le lecteur invente le poète.»

Alain Bosquet

Au matin, lis un poème d'un poète comptemporain.
Relis-le à midi.
Et le soir, sans le relire,
réponds au poème par un poème.

XXV

Je me suis séparé de toi
Mais l'amour me précédait encore
Et quand j'ai tendu les bras
La douleur est venue s'y faire plus amère
Tout le désert à boire

Pour me séparer de moi-même.


J'ai voulu que le hasard choisisse un poème de Paul Eluard. J'ai voulu que mes doigts soient maître de ma pensée. Mais ils ont choisi la page où j'ai pleuré devant l'impact d'une vérité dure à cerner.

Le mot séparation fait partie du vocabulaire de ma douleur. Le mot abandon lacère mon coeur.

Je me suis laissée battre par les larmes, je me suis noyée dans le dégoût que j'avais de moi-même en croyant que je devais tout sacrifier. Se regarder sans cesse, voir les problèmes que l'on doit traiter, et ne voir que ça, l'obsession devenant récurrente.

De toi à moi, un pas s'est transformé en kilomètres. De toi à moi, un amour qui a fini en miettes. Des bras qui ont laissé place à des brasses pour ne pas succomber à une fin, proche du fond d'un verre.

Un poème auquel je réponds par la haine. La haine qui devrait se retourner contre moi.



Réponse à Il n'y a pas d'oubli de Paolo Neruda

Je n'oublierai rien. Gravés dans ma mémoire, les souvenirs s'entrecroisent, se tissent l'un à l'autre. Patchwork coloré.

Je n'oublierai rien. La vie est une continuité et refuser certains événements signifierait perdre une partie de soi.

Je n'oublierai rien. Tant de départs, d'allers sans retour. Tant de soleils qui se couchent sur mes larmes. Je n'oublierai jamais ces miroirs qui me renvoyaient tout ce que je ne voulais pas voir. Ces longues nuits sans sommeil. Cette chimie qui me tend les bras. Ces grandes traversées de désert. Je n'oublierai jamais cette honte que j'ai pu ressentir face à moi et cette colère que j'ai pu ressentir face à vous.

Mais je n'oublierai jamais que je me suis pardonnée, que je vous ai pardonné. Que l'eau a coulé sous les ponts, que les pierres se sont érodées, que les bleus à l'âme finissent toujours par perdre de leur mordant.

Je n'oublierai jamais ces « merci », ces « je t'aime », ces sourires, ces mains tendues. Tout ce que la vie peut mettre sur un chemin et qui finalement, la rend belle.

Je n'oublierai rien car mon passé fait mon avenir. Et que finalement, le présent ne se conjugue qu'au présent.
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# Posté le mercredi 28 novembre 2007 14:59

Modifié le samedi 01 décembre 2007 04:25

[28 novembre 2007.]

[28 novembre 2007.]
« Je ne fais pas de différence entre un poème et une poignée de main.»

Paul Celan

Encourage un de tes amis à écrire un poème. Son premier poème peut-être.

Je l'ai fait. Par le travers d'une lettre, à mon meilleur ami.

Euuuuuh =)
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# Posté le mardi 27 novembre 2007 14:16

Modifié le mercredi 28 novembre 2007 15:18

[27 novembre 2007.]

[27 novembre 2007.]
« [...] je pense à la chaleur que tisse la parole autour de son noyau de rêve qu'on appelle nous.»

Tristan Tzara

Ecris à un poète, et peut-être, soumets-lui quelques uns de tes textes.

Cher Christian,

Si j'ose vous appeler ainsi c'est que vous semblez connaître le mécanisme étroit qui s'automatise en moi. Celui qui consiste à dire que le rire n'est pas une évidence mais que la douleur, elle, en est une.

Je suis enfant à chaque fois que je possède un de vos livres entre mes mains. Il est pour moi le portrait d'une âme déchirée à la recherche de points de suture. J'aurais pu être les mots, j'aurais pu être les phrases au sens pesé, mais je ne peux être vous. Je ne connais pas les noms des grands auteurs de la littérature que vous citez, je les devine à travers les pages transparentes. Je me cherche dans vos écrits, je me retrouve entre les lignes.

J'aurais voulu vous poser des questions sur la limite entre l'amour et la haine. Vous m'auriez répondu, j'aurais approuvé d'un silence. Je ne trouve pas la définition de mon être et je le cherche ailleurs, à l'extérieur, dans ce monde si bruyant et sans âme. Un patchwork d'idées imcompatibles les unes aux autres, des liens fragiles qui se scellent par des cordes en coton. Je me cherche à travers les écrits d'un homme que je ne connais pas.

Je soulignais vos textes avec un crayon à la mine cassée d'avance. Tout serait gravé dans ma tête et non plus seulement sur le papier. Comment peut-on aimer les écrits de quelqu'un plus que son propre coeur, plus que son propre battement ?

Vous savez, il y a un homme qui savait me transpercer. Et j'ai peur de lire ses écrits à présent par peur de ressentir le poids de la perte, sentir le liquide des larmes trop noires.

Monsieur Bobin. Une fille vous lit chaque soir dans une gare, les jambes croisées, assise sur un banc et attend que le prochain mouvement du coeur arrive.

Marion



A toi cher poète,

Tu ne m'en voudras pas de ne pas publier ici la lettre que je t'ai écrite. J'ai pris beaucoup de temps pour la faire, beaucoup de coeur aussi. Peut-être trop. Au final, elle a été bien au-delà ce que j'accepte de mettre dans un lieu public. Trois pages de souvenirs, de doutes, de nostalgie, de peurs, de colère, de bonheur aussi. Elle m'a chamboulée, elle m'a fait du bien, je ne sais pas, mais je la garde pour moi.

A toi le chanteur aux longues dreads qui m'a suivi durant le long parcours chaotique des ces derniers mois. A toi qui arrive à m'expliquer mon passé en chanson, à toi qui éclaire mon avenir au rythme de tes paroles, je voudrais seulement dire merci.

"Rions, pour ne pas en pleurer. Crions pour ne pas désespérer. Brillons, pour tenter d'éclairer. L'obscurité dans laquelle semble la réalité..."


Mélanie
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# Posté le lundi 26 novembre 2007 15:22

Modifié le mardi 27 novembre 2007 13:15

[26 Novembre 2007.]

[26 Novembre 2007.]
« [...] je voudrais que vous m'écoutiez - sans savoir si je parle. »

Jacques Réda

Réalise «l'interview poétique» d'un poète de ton choix.
Les réponses aux questions seront des extraits de ses poèmes.

Je serais hypocrite si je vous disais que ce premier vrai exercice a été facile pour moi.
Il implique deux personnes. L'auteur et la lectrice. Vous pouvez lire sans chercher à poser des questions. Il faut chercher les phrases qui vous touchent pour mieux en ressortir le sens. Oui, la difficulté d'écrire existe, voilà pourquoi je ne me suis pas essayée à un plus grand interview poétique.

« Interview poétique à Jean Cocteau. »

- " Vous parlez souvent des gens que vous admirez et en quoi ceux-ci ont une place capitale dans votre écriture. Qu'en est-il de vos ennemis, quelle attitude adoptez-vous ? "

- " La haine m'est inconnue. L'oubli des offenses est chez moi si fort qu'il m'arrive de sourire à mes adversaires lorsque je me rencontre avec eux face à face. Leur étonnement me douche et me réveille. Je m'étonne qu'ils se souviennent du mal qu'ils m'ont fait et que j'avais oublié. "

- " Un rêve n'est pas possible si les autres ne nous suivent pas dans nos projets. En l'occurence, les personnes qui rendent votre rêve possible sont les lecteurs. Que recherchent-ils en lisant ? "

- " Ce que le lecteur veut, c'est se lire. "

" La douleurs est présente derrière chaque phrase. Un chapitre plus long que tous les autres lui ai d'ailleurs consacrée dans la " Difficulté de l'être " Qu'en est-il se son opoosé, du bonheur qui secoue notre corps ? Comment le rire opère-t-il ? "

- " Cette excitation est soumise aux mêmes règles que celle des sens, car ce qui fait rire l'un ne fait pas rire l'autre. "

°°°°°

- Bonjour Paulo Coelho, j'appréhende un peu ce premier interview, je ne sais comment le commencer, vous m'impressionner par vos textes et votre façon de voir la vie, si simplement.

- Vous savez, « il n'y a rien de mal à faire des choses simples ».

- D'accord, je me lance, je disais donc que j'aimais votre façon de voir la vie, avec tant d'optimisme, avec une conscience si juste des choses qui vous entourent. Quel est votre secret ?

- J'ai 2 secrets, j'utilise mes yeux et mon c½ur. Je me suis souvent dit que « Si j'apprends à déchiffrer ce langage sans mots, je parviendrai à déchiffrer le monde. Eduque tes yeux et tu verras, ils sont fait pour voir plus loin que ce que tu ne penses. »

- Et le c½ur ?

- « Ecoute-le, toujours, parce que tu ne réussiras jamais à le faire taire. Et même si tu fais semblant de ne pas l'entendre, il sera dans ta poitrine, répétant toujours ce qu'il pense de la vie et du monde. »

- Vos romans parlent beaucoup d'amour, y croyez-vous à ce véritable amour ?

- « De toutes les manières que l'homme a trouvé de se faire du mal à lui-même, l'Amour est la pire. Mais le véritable amour est celui qui permettra à chacun de suivre son propre chemin – sachant qu'une partie ne s'éloignera jamais de l'autre. »


- Que diriez-vous à quelqu'un qui n'arrive plus à avancer ? Comment continuer sa route quand notre seule envie est de tout lâcher, quand les échecs se sont accumulés ?

- Je lui dirais simplement que « toutes les batailles servent à quelque chose, même celles que nous avons perdues. Et aussi qu'il faut toujours savoir quand une étape arrive à son terme, clore des cycles, fermer des portes, finir des chapitres – peu importe comment nous appelons cela. L'important est de laisser dans le passé les moments de sa vie qui sont achevés. »


- J'aimerais finir cette interview en vous avouant la phrase qui m'a le plus marqué dans vos livres, celle qui m'a le plus parlé : « L'heure la plus sombre est celle qui vient juste avant le lever du soleil. »

- Et moi j'aimerais que tu retiennes celle-là : « Nous devons oublier ce que nous croyons être, pour pouvoir devenir ce que nous sommes... »
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# Posté le dimanche 25 novembre 2007 13:48

Modifié le lundi 26 novembre 2007 15:09

[25 novembre 2007.]

[25 novembre 2007.]
« Non à la poésie comme jeu de société, cette rengaine ringarde du renga - ces prétendus poèmes qu'on a fait à plusieurs. »

Henri Meschonnic


Eh bien, si, justement, fais l'expérience d'une écriture à plusieurs.
Invente les règles.


Règle 1 : Faire son possible pour écrire chaque jour ici. Mais sans se mettre de pression. Ne pas oublier de dormir. De manger. De bosser nos cours =)

Règle 2 : Imaginer la poésie comme un concept large. Oui aux poètes, aux écrivains, aux chanteurs! Oui à Rimbaud, à Christian Bobin, à Riké!


Règle 3 : Ce n'est en tout cas pas une compétition. Ce blog sera justement une richesse. Une comparaison de deux points de vue.

Règle 4 : Une petite règle spéciale pour toi, ne pas lire le livre à l'avance =)
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# Posté le dimanche 25 novembre 2007 02:17

Modifié le dimanche 25 novembre 2007 13:55